Je suis le fleuve · T. E. Grau

« Présent futur passé, cauchemar plus-que-parfait ».

Je vous préviens tout de suite: le début de ce roman est un peu déroutant et il vous faudra probablement lire quelques chapitres avant de comprendre réellement de quoi il retourne et dans quoi vous venez de mettre les pieds! Laissez-vous porter sans trop vous poser de questions et acceptez de vous laisser bousculer un peu. Le voyage est certes parfois un peu houleux mais il en vaut la peine!

T.E. Grau est un auteur américain de « dark fiction ». Après avoir écrit plusieurs textes d’horreur remarqués il publie en 2018 son premier roman I Am The River, paru en français en janvier 2020 chez Sonatine. Si la couverture et la présentation en 4ème m’ont immédiatement attirée, j’ai d’abord hésité car je ne suis pas une adepte des films/livres d’horreur et n’étais pas sûre de quel type de romans il s’agissait ici. Verdict? Je suis le fleuve n’est pas un roman horrifique même si le sujet est noir. Très noir.

Le postulat de base de ce roman repose sur un fait historique incontestable: les USA ne pouvaient pas gagner la Guerre du Vietnam. Partant de là, un groupuscule obscur a décrété qu’il fallait absolument empêcher cette défaite monumentale, quitte à ne plus respecter aucune règle et à évoluer dans l’illégalité la plus totale. Et tant pis si pour cela il faut commettre l’irréparable!

Je suis le fleuve retrace le parcours de vie plus que mouvementé d’Israel Broussard, un vétéran de la Guerre du Vietnam qui vivote à Bangkok et est toujours gravement traumatisé plusieurs années après avoir pris part à une opération secrète et parfaitement illégale dans l’enfer vert de la jungle laotienne.

Le roman oscille constamment entre la première et la troisième personne, le passé et le présent, la réalité et les délires d’un esprit malade. Si la narration peut de ce fait sembler parfois décousue et floue notamment sur le plan spatio-temporel, T.E. Grau fait en réalité preuve d’une grande maîtrise dans la construction de son roman, une construction aussi déstructurée que la psyché ravagée de Broussard. C’est sans aucun répit et avec une tension allant crescendo qu’il nous emmène dans un voyage hallucinant et halluciné qu’on n’oubliera pas de sitôt!

Sonatine
Je suis le fleuve
T.E. Grau
Sonatine, 288 pages, janvier 2020.

I Am The River
Trad. Nicolas Richard

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