Le suspendu de Conakry · Jean-Christophe Rufin

Le suspendu de Conakry (2018) de Jean-Christophe Rufin est le premier volet d’une série de romans policiers dans laquelle le rôle principal est tenu non pas par un policier mais par un drôle de Consul de France à la dégaine incroyable, ancien pianiste de bar et policier raté mais surtout boulet en chef de l’Ambassade de France à Conakry!

Si j’ai beaucoup aimé Le suspendu de Conakry, c’est moins pour l’enquête policière, bien trop légère à mon goût, que pour le personnage principal -un anti-héros dans toute sa splendeur- et le décor et contexte ouest-africains. Sous couvert de légèreté, Jean-Christophe Rufin égratigne par ailleurs la diplomatie française, qu’il connaît bien pour avoir officié trois ans comme Ambassadeur de France au Sénégal, et dénonce la persistance en Afrique de certains comportements humiliants tout droit issus du passé colonial de la France. Le paternalisme a la vie dure!

A Conakry, un plaisancier français est retrouvé mort, suspendu par un pied au mât de son voilier. En l’absence du Consul Général en vacances en Europe, le Consul Aurel Timescu s’empresse de se rendre à la marina pour recueillir les informations consulaires sur la victime et ainsi pouvoir mener, en parallèle et en secret, sa propre enquête criminelle. Mais qui est donc cet étrange personnage?

Aurel Timescu, son accent roumain et son accoutrement des années trente sont arrivés en France après avoir fui la Roumanie de Ceaucescu. Suite à un étrange concours de circonstances il obtient la nationalité française qui lui ouvre les portes du Quai d’Orsay. Une belle opportunité a priori sauf qu’il n’a jamais été considéré par ses pairs. Aurel est un personnage atypique, sans âge, un original à la sensibilité exacerbée qui se fiche éperdument des conventions comme en attestent notamment ses goûts plus que douteux en matière d’habillement. Sa façon de s’exprimer, de se vêtir sous les tropiques comme s’il vivait dans un pays nordique et son passé peu glorieux lui valent des railleries et des humiliations quotidiennes.

Relégué dans un placard sans téléphone ni connexion internet, il ne fait rien de ses journées. Il a la main lourde sur le vin blanc, rêvasse beaucoup et compose parfois de la musique! Bref, la vie est bien morne pour cet éternel solitaire incompris. Seules les affaires criminelles l’excitent encore un tant soit peu, alors quand l’occasion de résoudre un vrai crime se présente, le grand amateur de romans policiers qu’il est n’hésite pas une seconde! Il appelle son chauffeur et, tout recroquevillé à l’arrière de sa vieille Clio de fonction, part enquêter dans les rues de Conakry.

C’est frais, c’est drôle et c’est dépaysant. Vivement la suite!

Flammarion, 310 pages, mars 2018.



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