Les fantômes de Reykjavík · Arnaldur Indriðason

Attendre un livre pendant de longs mois, me jeter dessus et l’engloutir en à peine quelques heures pour finalement frôler la dépression littéraire en le refermant, voilà ce qui m’arrive presque systématiquement avec chaque nouveau polar d’Arnaldur Indriðason!

Les fantômes de Reykjavík (2020) est le second tome de la nouvelle série consacrée à Konrad après Ce que savait la nuit paru il y a tout juste un an. Si j’ai aimé le premier tome, j’ai tout simplement a-do-ré le second! Cette nouvelle enquête est brillante et menée d’une main de maître par Indriðason qui nous propose ici rien de moins que trois enquêtes parallèles aussi captivantes les unes que les autres!

Veuf, père d’un fils unique et grand-père de jumeaux, Konrad est aussi et surtout un ancien flic à la retraite. S’il dispose dorénavant de beaucoup (trop) de temps, ce n’est pas encore demain la veille qu’il risque de se mettre au golf ou « à ce genre d’inepties dégoûtantes » comme le dit si bien sa chère ex-collègue Marta. Effectivement, il lui reste encore une importante affaire personnelle à élucider: celle du meurtre de son père, poignardé un soir de 1963 devant les abattoirs de Sudurland alors que Konrad était encore adolescent. Et comme si élucider un cold case n’était pas déjà assez complexe, le voilà subitement et malgré lui mêlé à deux autres affaires dont l’une est, elle aussi, vieille de plusieurs décennies.

La voyante Eyglo contacte ainsi Konrad au sujet d’une jeune fille de douze ans décédée accidentellement dans le lac Tjörnin des décennies plus tôt. Son fantôme tourmenté lui est apparu et elle pense pouvoir l’aider à trouver enfin la paix en clarifiant les circonstances de son décès. Si Konrad est quelqu’un de très rationnel, le doute finit par s’installer dans son esprit d’autant plus qu’il s’avère assez rapidement qu’à l’époque l’enquête avait été sérieusement bâclée. Ce qui s’apparentait initialement à un simple accident par noyade se révèlera finalement tout autre chose.

Parallèlement, un couple de vieux amis de sa défunte femme Erna lui signale la disparition inquiétante de leur petite-fille Daniela qui s’est enfuie de la maison après avoir été prise en flagrant délit de trafic de drogue. Le couple se refuse à contacter la police de peur que la presse à scandale ne s’empare de l’affaire et ne fasse le lien entre Danni et sa grand-mère, une ancienne politicienne.

Grâce à un va-et-vient incessant et parfaitement maîtrisé entre les trois affaires, Arnaldur Indriðason nous parle autant des ravages de la drogue que de spiritisme ou de maltraitance infantile. Les fantômes de Reykjavík est un opus particulièrement sombre de par les thèmes abordés, mais il n’en reste pas moins qu’il est absolument passionnant!

C’est également l’occasion pour l’auteur de nous en dévoiler un peu plus sur Konrad et la vie qu’il menait auprès de son truand de père. On savait déjà qu’il avait eu une adolescence difficile mais on ne se doutait pas à quel point elle avait pu être traumatisante. Si son paternel organisait pendant la Guerre des arnaques à grande échelle et par la suite mêlait Konrad à ses trafics en tous genres, ce n’est pas grand-chose au vu du reste. C’est avec stupeur et un profond dégoût qu’on prend en effet progressivement connaissance des abominations que cet homme haineux, méprisant et violent faisait subir à son entourage.

Pour conclure, je dois vous faire une petite confession: l’année dernière en commençant cette nouvelle série, j’avais d’abord rouspété un peu sachant que je n’y retrouverai pas mon cher râleur national (que voulez-vous, Erlendur déteint sur moi). Aujourd’hui, après avoir lu les deux premières enquêtes de Konrad, je peux affirmer haut et fort que le capital sympathie du retraité n’est pas en reste! Je suis d’ailleurs déjà fort impatiente de le retrouver dans une prochaine enquête, tout comme Marta, ses plats trop épicés et ses clopes mentholées! Et puis j’espère que Beta sera présente aussi, cette soeur que Konrad connaît à peine et qu’il vient de retrouver après avoir grandi loin d’elle pendant de nombreuses années; et puis Eyglo enfin, cette médium qui partage indirectement une partie de son histoire avec Konrad.

Métailié, 320 pages, février 2020.

Trad. Eric Boury

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