L’agonie des Grandes Plaines · Robert F. Jones

Pour ma deuxième période de vacances au vert, j’avais envie de prendre avec moi des romans se déroulant dans de grands espaces naturels, américains notamment. J’en ai lu deux, dont L’agonie des Grandes Plaines, et tous deux furent de très bonnes lectures.

Paru aux Etats-Unis en 1996, L’agonie des Grandes Plaines (2021) retrace avec beaucoup de précision et de réalisme les violences d’une époque marquée par l’extermination des bisons et l’asservissement des Indiens. L’épigraphe annonce la couleur:

« Dans nos rapports avec les Indiens, nous ne devons jamais oublier que nous sommes plus puissants qu’eux… Nous partons, à juste titre, me semble-t-il, du principe que notre civilisation devrait prendre la place de leurs habitudes barbares. Nous revendiquons, par conséquent, le droit de contrôler les terres qu’ils occupent, et nous estimons qu’il est de notre devoir de les contraindre, s’il le faut, à adopter et à suivre nos moeurs et nos coutumes… Quant à moi, eu égard à son effet sur les Indiens, je ne regretterais pas sérieusement la disparition totale du bison de nos prairies de l’Ouest, la considérant plutôt comme un moyen de hâter chez eux l’éclosion du sentiment qu’ils doivent dépendre des produits de la terre. » – Columbus Delano, Ministre de l’Intérieur des Etats-Unis, 1973.

A travers le destin d’une fratrie d’immigrés allemands et notamment le portrait d’une jeune femme courageuse, forte et déterminée, le romancier, éditorialiste et journaliste américain plusieurs fois primés Robert F. Jones (1934-2002) nous plonge de plein fouet et de façon très immersive dans les terribles réalités de la (sur)vie dans les Grandes Plaines de l’Ouest de la seconde moitié du XIXème siècle.

« L’Amérique est une terre bien dure, […], elle a essayé de tuer mon frère, et n’y étant pas parvenue, elle a tué mon père et ma mère à la place. Je suis sûre qu’elle essaiera de me tuer, moi aussi, tôt ou tard. »

Lorsqu’elle se retrouve seule à tout juste seize ans après le décès tragique de ses parents, victimes de la crise financière de 1873, Jenny Doussmann ne voit d’autre solution que celle de quitter définitivement le Wisconsin pour rejoindre et vivre avec son frère aîné Otto, un vétéran de la guerre de Sécession devenu chasseur de bisons dans les Grandes Plaines. Les conditions de vie au coeur de ces immensités sauvages et souvent hostiles étant très difficile pour les pionniers et les chasseurs -davantage encore pour les femmes-, l’existence de Jenny et Otto vire rapidement au cauchemar. Heureusement, Two Shields, un Cheyenne métis, leur vient en aide.

Robert F. Jones fait preuve d’un grand sens du détail tant dans les descriptions des paysages que des conditions de vie des chasseurs et des us et coutumes des Indiens. Les difficultés du quotidien, le maniement des armes, les rivalités et combats entre les chasseurs blancs aka « les Araignées » et les diverses tribus indiennes, la chasse, l’abattage et le dépeçage des bisons sont décrits avec force détails rendant le roman très réaliste, immersif et intéressant. J’ai donc été particulièrement surprise de constater que la retranscription de certaines locutions ou phrases en allemand dans le texte n’était pas toujours correctes, c’est dommage. Quant aux personnages, bien que fort différents, ils sont dotés d’une réelle épaisseur.

Roman âpre, brut et sans concession sur la disparition tragique d’un monde, L’agonie des Grandes Plaines fut un moment de lecture dense et intense.

« Partout où nous nous tournons, le soleil se couche. Il se couche pour le bison, et il se couche pour le Cheyenne. Il se couche pour nous tous – Sioux, Pawnees et Snakes, et peut-être même se couchera-t-il pour les Araignées blanches un jour. Car qui pourrait vivre dans un monde où il n’y a plus de bisons? »

Note : 3.5 sur 5.
Le Rocher, février 2021, 368 pages.

Tie my Bones to her Back (1996).
Trad. Béatrice Vierne




Photo @ Pexels / Pixabay




3 réflexions au sujet de “L’agonie des Grandes Plaines · Robert F. Jones”

  1. j’ai beaucoup aimé ce roman… Une belle histoire et une belle analyse de l’époque…
    En le refermant j’avais une énorme envie de mettre des baffes à ces « colons américains » 🙂

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