Arpenter la nuit · Leila Mottley

J’ai lu ce premier roman américain il y a quelques semaines déjà et j’y repense encore et toujours avec la même émotion. Et dire que j’avais un doute (pour ne pas dire un vilain préjugé) sur sa qualité en raison du très jeune âge de son autrice… Du haut de ses dix-neuf ans (elle n’en avait que dix-sept lorsqu’elle a débuté l’écriture de son roman!), Leila Mottley a fait fort. Très fort.

Arpenter la nuit (2022) est un premier roman saisissant, époustouflant de maturité, dans lequel Leila Mottley (2002), profondément marquée par un fait divers survenu à Oakland en 2015, dénonce la corruption et les violences policières à travers le parcours d’une jeune afro-américaine de dix-sept ans.

Depuis la mort de leur père et l’incarcération de leur mère, Marcus et Kiara Johnson vivotent dans un appartement miteux à Oakland. A seulement dix-sept ans, Kia se retrouve entièrement livrée à elle-même puisque son frère aîné, persuadé qu’il fera bientôt fortune dans le rap, passe toutes ses journées enfermé dans un studio d’enregistrement sans gagner ni rapporter le moindre dollar à la maison. Les dettes s’accumulent, l’expulsion les guette mais il persiste à ignorer les appels à l’aide de sa soeur et à refuser d’endosser la moindre responsabilité. Un soir, un événement fortuit pousse Kia à faire un choix radical: elle décide d’arpenter la nuit et de vendre son corps afin de pouvoir sauver ce qui peut encore l’être.

Dans un langage brut, très direct, poétique parfois, Leila Mottley raconte comment Kia, en considérant son corps comme une issue de secours, est devenue « cette fille qui porte la peau des hommes ». Elle pensait pouvoir en retirer une certaine forme de liberté, une liberté qui, on s’en doute, ne sera pas au rendez-vous.

Arpenter la nuit est un roman très sombre, truffé de personnages perdus, fauchés en plein vol. Il y est question de misère sociale et affective, de pauvreté, de privation de liberté, de violence et de drogue et du désespoir infini de ceux qui n’ont aucune perspective d’avenir. Leila Mottley raconte la rue, la survie et toute la violence du quotidien. Elle dit la solitude, l’abandon, la peur et le désespoir. Mais elle dit également l’amour infini -fraternel notamment- la bienveillance et la générosité.

Malgré sa grande noirceur, Arpenter la nuit est illuminé par la profonde humanité de Kia, un personnage magnifique que je ne suis pas prête d’oublier.

Note : 4.5 sur 5.
Albin Michel, août 2022, 400 pages.

Nightcrawling (2022)
Trad. Pauline Loquin

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