Je ne lis que très peu de littérature française mais depuis la parution de Vanda (2020) qui avait piqué ma curiosité, Marion Brunet figurait sur ma liste d’auteurs à découvrir. Le temps a passé et je l’avais un peu oubliée jusqu’à ce que je tombe sur la présentation -plus que tentante- de son nouveau roman. Cette fois-ci, je n’ai ni hésité ni procrastiné. Et comme j’ai bien fait!
Troisième roman de Marion Brunet (1976) après L’été circulaire (2018) et Vanda (2020), Nos armes (2024) raconte, sur vingt-cinq ans, le destin brisé de deux jeunes femmes aussi passionnées que révoltées en quête d’amour et de justice.
« Ils sont en lutte, enfants en colère de cette fin de siècle, ils relèvent chaque injustice avec la rage des condamnés. »
Au milieu des années nonante dans une ville étudiante française, Paola, Charly, Nacer, Jicé, Axelle et Mano forment un groupe de jeunes adultes militants très soudés mus par une rage féroce contre l’ordre social qu’ils ne supportent et n’acceptent plus. Dotés d’une conscience politique aussi aiguë que radicale, en rupture avec une société profondément gangrenée par les inégalités et les injustices sociales, ils sont de toutes les manifestations et n’hésitent pas à en découdre avec les groupuscules d’extrême droite ou la police. Lorsqu’à la suite d’une énième injustice, ils décident de franchir un cap en organisant un braquage afin de financer leur lutte et leurs idéaux révolutionnaires, ils ne se doutent pas que leur vie est sur le point de basculer de façon absolument tragique.
En alternant de façon non linéaire, tantôt à la première tantôt à la troisième personne, l’histoire d’Axelle et de Mano, Marion Brunet nous plonge progressivement au coeur de l’intimité de deux jeunes femmes qui s’aimaient passionnément et que le destin a séparées de la plus cruelle des façons : la prison pour l’une, la liberté pour l’autre.
A la fois intimiste et universel, Nos armes est un roman percutant et poignant sur les luttes sociales, la force de l’engagement et la croyance en des valeurs humaines fortes et justes mais aussi sur le poids des remords et la puissance dévastatrice de la culpabilité. Il a suffit d’un court instant, d’un geste irréfléchi et non voulu lors d’un braquage mal préparé pour que plusieurs vies soient fauchées, brisées net à tout jamais. Nos armes raconte ceux qui y ont laissé leur vie, ceux qui ont été incarcérés, ceux qui s’en sont sortis libres mais ne s’en sont jamais remis.
Avec beaucoup de justesse, de sensibilité, de colère et de rage aussi, Marion Brunet raconte une jeunesse fauchée en plein vol dorénavant marquée au fer rouge par un passé impossible à changer, un présent extrêmement difficile à supporter et un futur impossible à imaginer. A travers le quotidien d’Axelle et de Mano, elle évoque admirablement le temps qui passe, inexorablement, mais n’efface rien. Si Axelle est confrontée à toute la violence de l’univers carcéral où chaque année compte triple, Mano, elle, n’est pas libre pour autant. Que signifie en effet la liberté lorsque son âme soeur écope, à tout juste dix-neuf ans, d’une peine de prison longue d’un quart de siècle? Lorsqu’on est incapable de se relever, d’avancer, de continuer à vivre car la culpabilité nous ronge et nous détruit à petit feu?
« Nous n’avions pas choisi la violence comme concept, comme objectif, mais nos luttes, notre désir de changement, ont pris une forme inattendue, et nous avons foiré lamentablement. J’aurais tant aimé me battre sur d’autres terrains (…). Vieillir moins vite, rester vive comme la force, ne pas avancer seule. Là sont nos armes. »
Nos armes. Un roman percutant tout en nuances, admirablement écrit et construit, d’une très grande sensibilité et d’une profonde humanité. Un roman bouleversant, d’une tristesse infinie, porté par des personnages principaux et secondaires inoubliables (mention spéciale pour le grand-père d’Axelle) dépeints dans toute leur fragilité et toutes leurs imperfections. Un roman coup de poing dont je suis ressortie le coeur très serré et les yeux humides…
Grand coup de coeur pour Marion Brunet, une romancière engagée et talentueuse que je suivrai dorénavant les yeux fermés.

© haim charbit, Pixabay
Je ne connais pas l’autrice mais je vais assurément me renseigner 🙂 merci !
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Avec plaisir 🙂
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J’ai lu uniquement L’été circulaire, que j’ai bien aimé, j’ai trouvé l’ambiance bien rendue, en particulier.
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Tu penses lire les deux suivants? Je vais pour ma part acheter L’été circulaire et Vanda.
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Je ne sais pas, mes goûts me portent très souvent vers des auteurs étrangers et/ou inconnus de moi ! 😉
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Je ne serais pas spontanément allée vers ce roman mais ton enthousiasme me donne envie de lui donner sa chance !
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C’est un roman qui bouscule fort et dont on ressort le coeur en miettes, mieux vaut être prévenu… Mais ce livre et cette autrice furent pour moi une excellente découverte.
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Le roman semble très émouvant. Les questionnements sur l’action directe et l’illégalisme ne sont peut-être pas nouveaux mais qui ont l’air bien traités.
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J’ai trouvé que cette thématique était effectivement très bien traitée, de façon lucide, sans aucun angélisme ni pathos, et du point de vue de divers protagonistes. Elle a très bien montré l’impact variable d’un tel drame sur la psyché des différents personnages et la façon dont ils ont par la suite évolué (ou pas). Enfin, la thématique du temps qui passe, l’évolution de la société et donc de la nature des luttes sociales, était également très intéressante. Bref, une réussite en tous points de vue!
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J’ai lu et apprécié « l’été circulaire » je lirai celui-ci à l’occasion.
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Bonne future lecture alors. Je vais quant à moi me procurer « L’été circulaire » et « Vanda ».
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Il ne fallait pas grand-chose pour me convaincre, j’ai beaucoup aimé Vanda et L’été circulaire… Mais là tu as mis le paquet !!
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Ah mais elle m’a complètement retournée! Une superbe découverte!
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Je tourne autour de cette autrice depuis un moment moi aussi. Je pense que ton billet va me faire passer à l’acte ..
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Je ne peux que t’y encourager! Quant à moi, je vais me procurer très vite ses deux premiers romans!
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