Les frères Lehman · Stefano Massini

Ce pavé de près de neuf cents pages écrit en vers libres me tentait depuis sa parution en 2018, il était temps… Ne vous laissez pas impressionner par le nombre de pages car ce roman hors normes est non seulement passionnant mais très agréable et facile à lire!

Avec Les frères Lehman (2018), le dramaturge italien Stefano Massini (1975) signe un premier roman d’une grande originalité et maitrise dans lequel il relate avec un incroyable souffle romanesque l’ascension et la chute de Lehman Brothers à travers la formidable épopée familiale et économique de trois générations de Lehman.

« S’enrichir n’est pas un commerce, c’est une science. »

En trois livres intitulés Trois frères, Pères & fils et L’immortel, il explore sur un peu plus d’un siècle et demi l’histoire de la famille Lehman en racontant, avec un humour parfois féroce, la façon dont ces fils et petits-fils d’un marchand de bestiaux juif allemand s’y sont pris pour gravir tous les échelons de la société américaine, devenant des magnats de la haute finance à la tête de l’une des plus grandes banques d’investissement du monde avant que sa spectaculaire faillite en septembre 2008 ne précipite le monde dans une crise économique de grande ampleur.

L’incroyable épopée de la famille Lehman débute le 11 septembre 1844 avec l’arrivée à Ellis Island de Heyum Lehmann -rebaptisé aussi sec Henry Lehman- qui, au lieu de passer quatre ans à New York comme prévu pour amasser de l’argent avant de rentrer dans sa Bavière natale, échoue au fin fond de l’Alabama où il décide d’ouvrir une petite échoppe de tissus avant que ne débarquent en renfort ses deux frères, Emanuel et Mayer. C’est à Montgomery que les trois Lehman -le cerveau, le bras et la patate- plantent les graines de ce qui deviendra au fil des décennies un puissant empire industriel et financier né dans les décombres de la guerre de Sécession.

Stefano Massini raconte comment, depuis leur modeste échoppe de tissus à Montgomery, les trois frères ont su saisir toutes les opportunités qui se présentaient à eux -plantations de coton, fer, charbon, café, pétrole, tabac, chemins de fer, bateaux, avions, cinéma, comics et autres super héros, etc…- pour se hisser au sommet de la pyramide sociale et économique en inventant au passage rien de moins qu’un métier qui n’existait pas et qu’ils n’arrivaient pas à expliquer à leurs enfants.

« Au fond, au fond, (…), ce n’est sans doute pas pour rien que les enfants jouent à faire semblant d’être instituteurs, médecins ou peintres, et qu’aucun jamais ne propose de « jouer à la banque » : celui qui interprète le banquier doit en effet rafler l’argent des autres et les priver de goûter : quel drôle de jeu est-ce là ! « 

Un excellent moment de lecture grâce au talent et à l’humour de Stefano Massini qui a su rendre captivant le monde des affaires et de la haute finance, deux domaines auxquels je suis en général totalement hermétique…

Une prouesse littéraire et une très belle réussite!

Note : 4.5 sur 5.
10/18, août 2020.
887 pages

Qualcosa sui Lehman (2016)

Traduit de l’italien
par Nathalie Bauer


© Predrag Kezic / Pixabay
1ère lecture pour « Monde ouvrier & mondes du travail » proposé par Ingannmic.

16 commentaires sur “Les frères Lehman · Stefano Massini”

    1. Je ne sais pas pourquoi l’auteur a choisi d’écrire en vers libres (ceci dit, il est dramaturge, peut-être est-ce lié) mais je dois dire que c’était une expérience de lecture très originale et intéressante. Visuellement, les pages sont beaucoup moins chargées que dans un texte traditionnel et ces vers, de longueur très variables (mais souvent relativement courts), donnent beaucoup de rythme au roman. S’il est disponible dans ta médiathèque, je te conseille de lire le premier chapitre, tu verras, c’est particulier certes mais vraiment très agréable et facile à lire!

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  1. Un beau choix pour la thématique du monde du travail, et une saga familiale qui a l’air d’être absolument passionnante! Bon, 900 pages, il faut sans doute que je garde cette idée pour un défi Épais/Pavés 😉.

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  2. du coup, je suis allée lire un échantillon pour mieux comprendre cet effet stylistique – intéressant.

    Je pense donc l’acheter, mais je le trouve mieux en anglais (je ne parle pas italien donc pas de version originale), j’ai pensé immédiatement à l’Empire of Pain de Patrick Radden Keefe que j’ai lu et adoré et qui racontait aussi l’histoire d’une famille, les Sackler, 3 frères à l’origine du scandale des opiacés. La ressemblance est troublante, j’avais adoré ma lecture du coup j’aimerais bien lire celui-ci

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    1. C’est drôle que tu me parles de « Empire of Pain » car j’y ai pensé également pendant ma lecture de « Les Frères Lehman » et l’ai d’ailleurs mis au programme de mes lectures pour ces prochaines semaines! Tu le sais, j’adore Keefe moi aussi et cette nouvelle enquête (je l’ai en français) attend depuis bien trop longtemps que je la lise. Je suis ravie que tu veuilles tenter le Massini et me réjouis déjà de lire ton futur avis!

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  3. j’avoue que le duo vers/finances me rebute complètement. Je ne suis pas sûre de me lancer dans un tel ouvrage malgré ta critique intéressante…

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    1. Tu m’as fait rire, Martine 😄 J’aurais pu dire exactement la même chose que toi et pourtant, tu vois, j’ai adoré ce roman. C’était une expérience de lecture vraiment originale et intéressante et je pense me laisser tenter par l’un de ses autres romans.

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  4. L’idée de la versification m’effraie aussi, comme tu le sais, j’ai récemment abandonné A la ligne essentiellement en raison de sa forme… ceci dit, j’avais lu dans le cadre des lectures urbaines un roman également écrit en vers libres, qui m’avait plutôt plu (mais il était court). A voir, donc.

    Pour la catégorie, j’hésite un peu, est-ce qu’ Industrie, ou quelque chose comme « Grands industriels » te paraît pertinent ?

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    1. Il me semble que ce livre s’inscrit davantage dans le secteur tertiaire, l’industrie n’ayant été qu’un tremplin (très puissant certes) permettant aux Lehman d’accéder à la toute puissance financière. A l’origine, ils étaient commerçants de tissus mais ils ne furent jamais réellement des industriels, ils se contentaient en effet de financer de vastes pans de l’industrie grâce au métier qu’ils ont inventé et qui n’existait pas avant eux : celui de banquier. Une catégorie du type « Banques ou Finance » me semblerait donc plus pertinente. Qu’en penses-tu?

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