La femme révélée · Gaëlle Nohant

Je n’avais pas encore lu Gaëlle Nohant avant d’entamer la lecture de La femme révélée (2020). Ce roman a été sélectionné dans le cadre du Prix du Festival LÀC, un nouveau Festival du livre dont la première édition devrait se tenir (croisons les doigts!) au début du mois de juin 2020 à Collonge dans la campagne genevoise.

Il est des romans que vous rechignez grandement à devoir mettre en pause le temps de vaquer à d’autres occupations (bien moins intéressantes, il va sans dire) tout en redoutant déjà le moment où il faudra vous en séparer définitivement tant la plume, l’intrigue, l’atmosphère et les personnages vous captivent et vous subjuguent. Ce fut pour moi le cas avec La femme révélée, un roman passionnant de bout en bout!

Gaëlle Nohant retrace dans ce livre vingt ans de la vie mouvementée d’une jeune trentenaire américaine de la Gold Coast. Eliza Donneley a, pour des raisons qui nous échappent encore, troqué son refuge doré à Chicago, sa vie privilégiée et son avenir radieux auprès d’un mari fortuné contre une vie solitaire et modeste dans la grisaille et la pauvreté du Paris de l’après-guerre. C’est sous un nom d’emprunt et avec pour seuls objets la reliant à son ancienne vie quelques bijoux, une photo de son jeune fils resté aux Etats-Unis et son fidèle Rolleiflex, qu’elle tente de se reconstruire et trouver suffisamment de force et de courage pour pouvoir un jour affronter son passé.

Mais quelle est donc la raison qui a poussé Violet Lee à s’enfuir en abandonnant son fils qu’elle aime pourtant par dessus tout? Comment fait-on pour survivre à une telle perte, pour combler un vide incommensurable? C’est ce que Gaëlle Nohant s’attache à nous révéler au fil des pages.

La femme révélée est un livre sur l’émancipation et la lutte pour la liberté menée par une femme qui n’était nullement prédisposée à revendiquer de tels droits. De Paris au début des années cinquante à Chicago à la fin des années soixante, nous suivons Violet et assistons à sa lente métamorphose. Sa véritable nature se révèle au gré de ses rencontres. Cette révélation personnelle s’accompagne d’une révélation artistique et humaine car c’est à travers son appareil photo que Violet non seulement découvre Paris mais appréhende désormais la vie.

Gaëlle Nohant brosse un portrait saisissant de réalisme de la vie à Paris dans les années cinquante. Et que dire de la place centrale réservée à la photographie, et dans une moindre mesure au jazz, qui agrémentent le récit d’une délicieuse touche artistique? J’ai vu et j’ai entendu. Et comme j’ai aimé ça!

Après Paris, Chicago. Alors que Violet n’était encore qu’une jeune enfant, son père l’avait emmenée avec lui dans le ghetto afin de lui expliquer les émeutes raciales de 1919 et la nécessité pour tout être humain de revendiquer son droit à la liberté. Ses paroles prononcées au début de la première partie prennent tout leur sens dans cette seconde partie éminemment historique et politique. C’est avec vigueur et beaucoup d’humanité que Gaëlle Nohant se penche ainsi sur la lutte pour les droits civiques et les manifestations contre la guerre du Vietnam tout en évoquant les difficiles retrouvailles de Violet avec son pays d’origine. Passionnant!

Gaëlle Nohant et La femme révélée furent pour moi une véritable… révélation. Je sais, elle était facile. Il n’en reste pas moins que je suis subjuguée. Et éblouie.

Grasset, 384 pages, janvier 2020.

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12 réflexions au sujet de “La femme révélée · Gaëlle Nohant”

  1. jamais lu cette auteure, et j’ai entendu des avis mitigés sur ce livre, mais toi il t’a enthousiasmé ! quand ma bibli rouvrira ses portes.. ah on va être nombreux à s’y précipiter !

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    1. Oui, j’ai vraiment tout aimé dans ce livre! Je serai curieuse de savoir ce qui n’a pas trop plu (la 2ème partie plus politique peut-être?). Et oui, les biblis et librairies vont être prises d’assaut! Et je ferai bien évidemment partie du troupeau!

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  2. je l’ai bien aimé, c’était le premier roman de l’auteure que je lisais, du coup je vais lire les autres qui sont dans ma PAL depuis pas mal de temps, notamment « La part des flammes » et « La légende du dormeur éveillé » qui a reçu un accueil plus mitigé 🙂

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