L’histoire de la reine des putes · Frédéric Andrei

Le moins que l’on puisse dire c’est que Frédéric Andrei ne fait pas dans la poésie. Les mots claquent et le style, comme les personnages, est un brin déjanté. Bien que ce type de romans ne fasse pas vraiment partie de mon genre de prédilection, L’histoire de la reine des putes est efficace, addictif et furieusement divertissant!

Troisième titre de l’auteur, acteur et réalisateur français Frédéric Andrei après Riches à en mourir (2014) et Bad Land (2016), L’histoire de la reine des putes (2020) m’a attirée par sa jolie couverture et son alléchante présentation en quatrième qui évoque une mare de sang et un vaste scandale industriel lié à l’exploitation d’huile de schiste. Un polar écologique? C’était suffisant pour que je me laisse tenter!

Tout commence par une mare de sang découverte sur le sol d’une maison flottante dans la baie de Sausalito, une banlieue fortunée de San Francisco. Il n’en faut pas plus à Nicholas Dennac, un ancien journaliste d’investigation devenu charpentier, pour renouer avec ses premières amours. Sa ténacité, son caractère fouineur et sa longue expérience professionnelle lui permettent de déterrer des éléments qui vont rapidement le mener vers les travaux d’un expert en géologie et accessoirement un instructeur de surf dans une association de vétérans amputés.

Parallèlement, nous suivons les errements de Pam Parnell, une adolescente de seize ans dont la misérable existence la pousse à s’enfuir de chez elle pour traverser le pays en stop et tenter sa chance en Californie où elle espère rejoindre le père de son enfant à naître. Evidemment, rien ne se déroulera comme prévu.

En alternant les points de vue, le passé et le présent, l’histoire de Pam Parnell et la quête de Nicholas Dennac, Frédéric Andrei signe un roman dynamique et intéressant se situant à la frontière du polar et du roman noir. Si le roman débute en effet comme un roman policier dont l’intrigue repose sur un meurtre qu’il va falloir élucider, l’auteur aborde également diverses problématiques sociétales.

En confrontant l’histoire et le milieu social de Nicholas Dennac, fraîchement fiancé à la dix-septième fortune des Etats-Unis, avec celle de Pam Parnell, une jeune fille fuyant un environnement familial extrêmement violent et dont les perspectives d’avenir semblent bien sombres, Frédéric Andrei soulève d’importantes questions liées à la situation socio-politique et environnementale des Etats-Unis.

Il est ainsi notamment question de pauvreté, de misère et de maltraitance en milieu familial, de la politique qui pousse des jeunes de seize ans à s’enrôler à l’armée et qui reviennent de la guerre physiquement et psychologiquement traumatisés et enfin de la politique environnementale de Trump qui a autorisé la prospection et les forages visant l’exploitation de l’huile de schiste en faisant fi des graves dangers liés à la fracturation hydraulique. Une partie du roman se situe ainsi dans l’une des zones les plus polluées des Etats-Unis, la San Joaquin Valley déjà ravagée par la pratique d’une agriculture hautement toxique avec les conséquences dramatiques que l’on sait sur la santé humaine.

Si je regrette que la dimension écologique -passionnante et nécessaire- n’ait pas été davantage creusée, L’histoire de la reine des putes reste un roman intéressant, habilement construit et très divertissant.

Albin Michel, 400 pages, septembre 2020.

Note : 4 sur 5.

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