Skiatook Lake · Jubert & Séverac

Une jolie couverture et une présentation très alléchante en quatrième. Il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie de lire ce roman évoquant une enquête policière sur fond de tensions économiques et politiques en terres osages.

Lorsque l’auteur de polars et de romans fantastiques Hervé Jubert (1970) s’associe à l’auteur de romans noirs et de polars Benoît Séverac (1966), cela donne tout d’abord Wazházhe (2018) puis Skiatook Lake (2021). Ce deuxième roman commun est né suite à leur séjour au sein de la réserve indienne Osage en Oklahoma. Jubert et Séverac s’intéressent en effet de près à ce peuple autochtone devenu immensément riche suite à la découverte sur leur territoire, dans les années 1920, du plus grand gisement de pétrole des Etats-Unis.

A Hominy, en Oklahoma, une Osage trentenaire est retrouvée morte sur le siège passager d’une voiture détruite par la tornade qui a ravagé la région quelques jours plus tôt. Fait étrange: la voiture est verrouillée et le conducteur introuvable. En raison du profil ethnique de la victime et du lieu de son décès -Hominy est l’une des trois villes de la réserve- l’affaire relève de la compétence de la police indienne. C’est ainsi que Jack Marmont, chef-enquêteur et numéro deux de la police tribale de Pawhuska, prend en charge l’affaire.

Si les circonstances de ce décès semblent a priori ne laisser planer aucun doute, Jack Marmont ne croit pas à la mort accidentelle. D’étranges coïncidences ne tardent d’ailleurs pas à confirmer ses soupçons, au grand dam de certaines personnes qui ne voient pas d’un bon oeil son implication dans cette affaire. Mais Marmont est opiniâtre et déterminé. Peu importe s’il doit faire cavalier seul, sortir des clous et risquer son poste et sa carrière, il résoudra cette affaire! Lui arrive alors une aide extérieure inattendue…

A cette affaire sensible-la victime était la fille d’une légende vivante élevée au rang de National Heritage par Barack Obama- s’ajoutent les nombreuses et inévitables tensions qui précèdent et accompagnent tout grand rassemblement social. La Cavalcade, le plus grand rodéo amateur des USA, est en effet sur le point de débuter et la présence accrue et l’implication sans failles de toutes les forces de police sont requises.

Le contexte dans lequel se déroule Skiatook Lake est aussi passionnant qu’explosif. Passionnant car Jubert et Séverac évoquent de nombreux sujets en relation avec les difficultés auxquelles les peuples autochtones sont confrontés au quotidien, telles que la criminalité, les ravages du crack, les violences conjugales, les disparitions de femmes, les injustices fédérales de toutes sortes et le racisme. Explosif car ils évoquent l’activisme politique et les dérives provoquées par les énormes enjeux économiques et politiques liés à la manne pétrolière.

Les personnages m’ont beaucoup plu également. La palme revient à Jack Marmont, ce colosse de deux mètres et cent quarante kilos mis au régime sec par sa femme chérie qui à son grand désespoir applique à la lettre les ordres de son cardiologue. Le couple qu’il forme avec Stormywaters, médiatrice juridique aux affaires familiales dans la réserve, est drôle et attachant.

Une très bonne découverte donc que ce roman qui se dévore. Mon seul bémol? Qu’il n’ait pas été plus long! Dans l’attente de la suite des aventures de Jack Marmont, il va falloir que je me procure absolument l’enquête journalistique Killers of the Flower Moon: The Osage Murders and the Birth of the FBI (2017) de David Grann (en français: La note américaine, 2018) qui revient en détails sur la série de meurtres qui a endeuillé la nation Osage après la découverte du pétrole sur ses terres dans les années 1920.

Note : 4 sur 5.
Le Passage, avril 2021, 272 pages.


Photo @ David Mark, Pixabay

9 réflexions au sujet de “Skiatook Lake · Jubert & Séverac”

  1. ah bizarre, au début j’ai cru qu’ils avaient volé le livre de Grann ! Bon j’ai lu The Killers of the Flower Moon (qui est en plein tournage actuellement) et du coup, l’histoire triste des Osage qui vont se faire voler toute leur fortune m’est hélas déjà familière, reste le polar .. pourquoi pas ?

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    1. Les auteurs font allusion à ce fait mais l’intrigue ne se passe pas du tout à la même période. J’ai vraiment trouvé ce polar passionnant et puis les personnages principaux sont attachants. Vivement la suite!

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    2. Bonsoir, David Grann s’est attaché à narrer les assassinats systématiques (et systémiques) envers la communauté osage dans les années 1920-30 sur fond d’exploitation pétrolière. Martin Scorsese est effectivement en train d’en tourner l’adaptation à l’écran, sur place d’ailleurs. Quand Hervé et moi étions là-bas, il était en repérage et en pourparlers avec la nation osage.
      De notre côté, nous nous sommes intéressés au scandale contemporain (malheureusement toujours d’actualité) des disparitions et assassinats de femmes indiennes, par milliers, dans les réserves, aussi bien aux USA qu’au Canada… Et l’inaction du gouvernement fédéral qui rend tout cela possible. Le mouvement MeToo a permis de mettre au jour ce problème.
      Le polar et le roman noir permettent d’aborder ce genre de thématiques.
      Merci de votre intérêt, en tout cas. Amitiés, BS

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