Une affaire italienne · Carlo Lucarelli

J’ai découvert avec grand plaisir Carlo Lucarelli avec ce roman policier d’atmosphère se déroulant dans la Bologne du début des années cinquante.

La bibliographie de l’auteur, journaliste d’investigation, scénariste et animateur télévisé italien Carlo Lucarelli (1960) est impressionnante: quatre séries de romans policiers, une dizaines d’autres romans, une multitude de nouvelles, des essais et même des bandes dessinées! Treize de ses romans ont à ce jour été traduits en français. Une affaire italienne (2021) est le quatrième opus d’une série policière consacrée au commissaire De Luca, l’un des meilleurs enquêteurs d’Italie sous le régime fasciste.

Ecrit vingt ans après les trois premiers volets qui se déroulaient entre 1945 et 1948, Une affaire italienne signe le retour du commissaire De Luca, désormais ex-commissaire. Depuis qu’il a été mis sur la touche cinq ans auparavant, il officie en sous-marin et sans accréditation officielle. En cette fin décembre 1953, il revient incognito à Bologne où il a été détaché pour aider la police locale à résoudre le meurtre de l’épouse d’un éminent professeur d’université, retrouvée noyée dans la baignoire de la garçonnière de son mari disparu dans un tragique accident de la route deux mois plus tôt. Entre l’ex-collègue qui travaille à la truelle, son très jeune associé, un beau parleur féru de jazz, un « grand gosse », « manipulé et exploité mais malin » qui lui révèlera une réalité dérangeante, une belle chanteuse d’origine érythréenne et certains de ses supérieurs au comportement plus que douteux, rien ne sera épargné à De Luca dans sa quête pour la vérité.

Carlo Lucarelli nous plonge de façon très réaliste et immersive dans la Bologne de la fin de 1953 et du début de 1954 et excelle à restituer non seulement la grisaille et le froid hivernal mais également le contexte politique et historique d’après-guerre. Si la société italienne est en reconstruction et en pleine mutation sociale comme le démontrent les coupures de presse des différents journaux et magazines dont l’auteur agrémente l’enquête, elle n’échappe pas aux règlements de compte et aux jeux d’influence liés à la Guerre froide. Les services secrets soviétiques ne sont jamais loin.

Parallèlement, les personnages de Lucarelli prennent du bon temps dans les clubs de jazz qui investissent la ville et ne se privent jamais de s’arrêter pour savourer les divers mets de la cuisine italienne. Tous sauf notre ex-commissaire qui, tourmenté par le poids du passé, carbure à l’espresso à défaut de s’alimenter. Mais s’il est maigre comme un clou, cela ne l’empêche pas de séduire…

J’ai beaucoup aimé cette plongée très visuelle et immersive dans la Bologne de l’après-guerre, entre musique, gastronomie et magouilles politiques. Je me réjouis de découvrir la trilogie publiée au début des années 1990 (Carte blanche, L’été trouble et Via delle Oche) qui est, fort heureusement, disponible à la bibliothèque municipale. Quant aux cinquième et sixième volets de la série, ils sont parus en Italie en 2018 et 2020. Espérons que Métailié les publiera.

Note : 4 sur 5.
Métailié, février 2021, 207 pages.

Intrigo italiano. Il ritorno del commissario De Luca (2017)
Trad. Serge Quadruppani




Photo © u_27q5erx1, Pixabay

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