Nous sommes l’incendie · Steph Cha

Je me suis jetée sur ce roman américain avec la quasi-certitude que j’allais l’aimer. Et je ne me suis pas trompée.

Nous sommes l’incendie (2022) est le quatrième roman -et le premier traduit en français- de l’autrice américaine d’origine coréenne Steph Cha (1986). Après avoir publié une trilogie policière composée de Follow Her Home (2013), Beware Beware (2014) et Dead Soon Enough (2015), Steph Cha se penche dans son nouveau roman sur le destin d’une famille noire américaine tragiquement marquée par les inégalités et les injustices raciales.

« Los Angeles; c’était censé être la solution. L’ultime frontière, le royaume du soleil, la terre promise. Le terminus pour l’immigrant, le réfugié, le fugitif, le pionnier […]. Cette ville de bonheur, de tolérance, de progrès et d’amour du prochain, était aussi une ville qui ignorait, affamait et tuait ses habitants. Pas étonnant, n’est-ce pas, qu’elle gronde et frémisse comme un volcan sur le point d’exploser. Parce qu’elle était humaine, et qu’il y avait une limite à ce que les humains pouvaient endurer. »

En mars 1991 à Los Angeles, une adolescente noire de seize ans, Ava Matthews, est froidement tuée par une épicière coréenne sous les yeux de son petit frère Shawn qui en portera les stigmates toute sa vie. En juin 2019, alors qu’un énième crime raciste embrase Los Angeles, Miriam Park, une jeune trentenaire américaine d’origine coréenne s’engage ouvertement contre le racisme au grand dam de sa soeur cadette Grace qui ne se sent absolument pas concernée par les revendications de la communauté noire américaine. Jusqu’au jour où elle découvre un terrible secret qui vient remettre en question son existence toute entière.

Steph Cha s’est inspirée de l’histoire vraie de Latasha Harlins (1975-1991) pour dresser le portrait d’une Amérique gangrenée par les crimes racistes et une justice à deux vitesses. Une justice très peu regardante lorsqu’il s’agit des membres de la communauté noire, une justice prompte à condamner très -souvent trop- sévèrement ceux qu’elle considère être des criminels tout en fermant délibérément les yeux lorsqu’ils sont les victimes.

En alternant les époques et en choisissant de se placer successivement du côté de deux familles issues de deux communautés minoritaires, l’une afro-américaine, l’autre américaine d’origine coréenne, Steph Cha a le grand mérite de livrer une réflexion globale et nuancée sur les causes et les conséquences -autant à court qu’à moyen et long terme- d’un meurtre raciste. Elle montre ainsi comment ce crime odieux peut des décennies plus tard encore porter à conséquences et briser des vies.

Avec sensibilité et empathie, elle aborde les douloureuses questions de l’injustice et de l’impunité, dit les blessures jamais cicatrisées, les erreurs et les traumatismes familiaux, le poids des non-dits et des secrets. Le pardon et la rédemption impossibles. Sans juger, elle raconte l’adolescence difficile, l’absence de perspectives d’avenir, la délinquance, les gangs, la violence puis la prison. La réinsertion puis la rechute. Enfin, elle évoque l’immigration coréenne aux Etats-Unis, la difficile intégration et le poids des traditions.

Nous sommes l’incendie est un roman douloureux, profondément révoltant mais non moins porteur d’une lueur d’espoir. A lire!

Note : 4.5 sur 5.
Sonatine, février 2022, 400 pages.

Your House Will Pay (2019) Trad. Caroline Nicolas





Photo © Pixabay

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