Mumia Abu-Jamal, combattant de la liberté · Claude Guillaumaud-Pujol

J’avais dix-neuf ans quand, en 1995, j’ai pour la première fois entendu parler de Mumia Abu-Jamal. Le journaliste indépendant afro-américain, dans le couloir de la mort depuis 1982 pour le meurtre (qu’il a toujours nié) d’un policier blanc à Philadelphie, devait être exécuté en août de la même année. Vingt-trois ans ont passé depuis et mon indignation pour cette condamnation abjecte est toujours vive.

La mobilisation et la pression internationales en faveur de Mumia ont été, et le sont jusqu’à ce jour, considérables. En 2012, après trente ans dans le couloir de la mort, sa condamnation à mort a été commuée en prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle. L’espoir qu’il retrouve un jour la liberté subsiste malgré tout.

Dans Mumia Abu-Jamal, combattant de la liberté (réédition actualisée d’une version antérieure parue en 2007), l’universitaire spécialiste des Etats-Unis Claude Guillaumaud-Pujol retrace, photos et citations d’archives à l’appui, trente-cinq ans de la vie et du combat de celui qui est, depuis fort longtemps maintenant, connu comme la « voix des sans voix »: la voix des faibles et des pauvres sur les ondes de diverses radios afro-américaines locales de Philadelphie dès les 70s, la voix des trois mille condamnés à mort américains qu’il relaye et diffuse sur Prison Radio Project depuis les années 1990.

L’auteure raconte dans ce livre l’enfance de Mumia à Philadelphie, son parcours scolaire, ses études, sa maturité et son militantisme précoces -il rejoint les Black Panthers à quinze ans-, son métier de journaliste indépendant et son engagement sans faille pour les plus faibles, son arrestation, son procès, sa condamnation à mort et enfin son long combat pour la liberté et la justice.

Militant depuis son plus jeune âge, Mumia a payé au prix fort son engagement social dans une ville qui à l’origine se voulait ouverte, moderne et multiethnique mais qui par la suite s’est révélée gangrenée par les brutalités et les bavures policières, la discrimination raciale, la pauvreté et la violence.

Ses reportages et son engagement pour dénoncer les souffrances de son peuple lui ont valu, ainsi qu’à ses compagnons, d’être pendant des années la cible d’une féroce répression policière et d’une surveillance acharnée par le FBI. Et puis, il y a eu cette fameuse nuit de décembre 1981. Une occasion en or pour un lynchage en bonne et due forme. La suite est connue: procès inéquitable et entaché d’irrégularités et la condamnation à mort.

Ce livre-témoignage de 150 pages repose sur une imposante bibliographie mais reste très accessible et permet, en 17 courts chapitres, de se familiariser avec la vie et le combat de Mumia. C’est une introduction passionnante et qui reste malheureusement de très grande actualité.

A lire absolument! 

Le temps des cerises, 165 pages, novembre 2017.