· L’empreinte · Alexandria Marzano-Lesnevich

Certains livres sont tellement attendus que c’est avec un brin de fébrilité que vous les entamez tant vous pressentez une lecture intense dont vous ne ressortirez peut-être pas indemne. Certains livres vous réjouissent dès les premières lignes parce qu’ils vous engagent intellectuellement et font ensuite prendre à votre lecture une tournure particulière en provoquant des discussions pouvant durer des heures. Certains livres vous marquent durablement en raison à la fois de leur caractère étrangement envoûtant et de leur capacité à faire réagir: bousculer, interroger, glacer le sang, attrister et révolter!

L’empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich est tout cela et bien davantage encore. C’est la raison pour laquelle j’ai tant tardé à poser par écrit quelques mots sur cette lecture que j’ai terminée il y a plusieurs semaines.

À la fois enquête juridique et autobiographie, L’empreinte est un récit analytique et personnel très riche qui mêle et entremêle habilement droit pénal et traumatismes personnels. Sans jamais tomber dans le pathos ou le manichéisme, A. Marzano-Lesnevich livre ainsi une analyse très fine d’une affaire criminelle, et de façon plus globale de ce qui fait -ou pas- le système judiciaire américain, tout en tirant des parallèles avec son propre vécu.

En revenant dans le cadre de ses études de droit sur la sordide histoire de Ricky Langley, pédophile condamné à mort pour le meurtre d’un petit garçon de six ans, l’auteure se retrouve confrontée à ses propres traumatismes, à son passé de victime de viols commis pendant des années par son grand-père maternel. Ces souvenirs remettront en cause certaines de ses convictions qu’elle pensait pourtant inébranlables.

L’empreinte, dit-elle, est le résultat de son interprétation des faits, de sa lecture personnelle et de sa tentative de reconstituer cette histoire.

« Il s’agit d’un livre sur ce qui s’est produit, oui, mais aussi d’un livre sur ce que nous faisons de ce qui s’est produit ».

Entre en ligne de compte ici un postulat juridique de base absolument déterminant qu’elle illustre et explique dans le prologue. Ainsi la cause adéquate, en opposition aux causes directes, est la seule qui compte vraiment du point de vue de la loi. Le travail de la justice consiste ainsi à déterminer la source de l’histoire afin d’assigner les responsabilités.

C’est avec cela à l’esprit que l’auteure va remonter le passé du tueur pédophile, allant jusqu’à éclairer les sordides circonstances dans lesquelles il a été conçu pour tâcher de comprendre comment Ricky Langley est devenu ce qu’il est.

Dans une volonté de ne pas occulter ce qu’elle-même a subi pendant des années et de refuser « de faire sur la page ce qui a été fait dans la vie », elle évoque son enfance, sa famille, le terrible poids des non-dits et des secrets, ses traumatismes et raconte comment elle a été élevée dans le droit comme d’autres dans la religion, comment elle s’est éprise de la Constitution et du droit et comment elle s’en est finalement détournée.

Une lecture captivante et bouleversante dont je suis ressortie avec beaucoup d’admiration et de respect pour Alexandria Marzano-Lesnevich.

L’empreinte, Alexandria Marzano-Lesnevich, Sonatine, 480 pages, janvier 2019.

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