La part du fils · Jean-Luc Coatalem

Je n’imaginais pas en les choisissant à quel point ma dernière (et excellente) lecture de 2019 résonnerait avec ma première de 2020! D’une part Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse, de l’autre La part du fils de Jean-Luc Coatalem. Deux continents, deux époques mais une même problématique, universelle: celle de la reconstruction après d’infinies souffrances.

La part du fils (2019) du journaliste et grand reporter français Jean-Luc Coatalem est un récit intime et touchant sur la famille et sur ce que cela signifie d’être un fils, sur le silence et le poids immense de tous ces mots qui n’ont pas été été dits, sur la transmission manquée et la quête d’identité, et sur le devoir de mémoire enfin.

Tout commence en septembre 1943 dans un petit village du Finistère lorsque, suite à une lettre de dénonciation, un homme est arrêté par la Gestapo. Sa femme et ses trois enfants n’auront plus jamais de ses nouvelles.

Jean-Luc Coatalem retrace dans La part du fils l’histoire de ce traumatisme, « cette déflagration originelle ». C’est l’histoire d’un homme disparu bien trop tôt dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, celle d’un résistant et d’un déporté politique mort quelque part en Allemagne avec le titre honorifique « Mort pour la France ». C’est l’histoire d’un fils profondément meurtri dont l’enfance a été saccagée à tout jamais et c’est celle, enfin, d’un petit-fils hanté par ce que sa famille ne disait pas, ne savait pas, un petit-fils bouleversé puis obsédé par l’immensité du vide contenu dans ces trois mots: « Motif d’arrestation: inconnu. » Ce petit-fils, c’est Jean-Luc Coatalem.

« Ce poids de mémoire close était devenu le mien. J’en restais meurtri, dépossédé de ma propre histoire. Qu’aurais-je pu faire sinon la remonter, l’éclaircir et la raconter? Ecrire comme un travail de deuil. Une effraction et une floraison. Une respiration entre deux apnées. »

A ses questionnements légitimes sur son grand-père, son père lui a toujours opposé un silence obstiné. Absolu. Mais le fils, le petit-fils, est tourmenté par un deuil inachevé et animé d’un besoin irrépressible de savoir, de comprendre, pour pouvoir enfin renouer et se réconcilier avec son histoire familiale.

Jean-Luc Coatalem a finalement dû se résoudre à contourner les non dits et à creuser un passé qui se refusait à lui. Il a ainsi entamé un formidable travail de recherche, très conséquent et éprouvant mené contre l’avis de son père qui n’a eu de cesse de refuser de remuer « ce paquet de larmes et de sang ».

La part du fils est le fruit de cette recherche. Une recherche aussi intéressante que touchante menée septante ans plus tard par un petit-fils déterminé à sortir son grand-père inconnu du silence et de l’oubli dans lequel il a été relégué après sa disparition.

Le livre se construit sur l’alternance entre, d’une part l’histoire non linéaire de la vie de Paol depuis son affectation en Indochine jusqu’à sa déportation en Allemagne et, d’autre part la quête personnelle et l’enquête journalistique du petit-fils.

Il faut préciser pour conclure que si La part du fils relève essentiellement de l’histoire personnelle et familiale de Jean-Luc Coatalem, il contient toutefois une part de fiction dans la mesure où, malgré de très importantes recherches documentaires, il a été impossible à l’auteur, face à la complexité du dossier et de ses nombreuses ramifications, de restituer avec certitude et exactitude tous les éléments. Certaines scènes ont de ce fait été interprétées et la plupart des noms et des lieux modifiés.

Une très belle lecture et un magnifique hommage.

Jean-Luc Coatalem

La part du fils
Stock, 272 pages, août 2019.

4 réflexions au sujet de “La part du fils · Jean-Luc Coatalem”

  1. je le note même si j’ai rarement de la chance avec les romans chez cet éditeur – il arrive souvent que ce soit la plus jeune génération qui ose lever le voile

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  2. (Magnifique photo, j’ai le mal du pays ça y est) Je note ce titre, vraiment, il est pour moi. Merci Fabienne ! Mon grand-père a lui aussi été déporté en Allemagne, mais pas pour fait de résistance, « seulement » comme tous les soldats en 1940, rattrapés pendant la débandade. Il avait 19 ans. Il a eu de la chance, il a travaillé dans une ferme comme ouvrier agricole et il était bien traité. Et puis il a pu rentrer assez vite car il était soutien de famille. La quête de Coatelem va me parler j’en suis certaine, moi qui ait toujours aimé connaitre le passé de mes aînés, je sens que j’aurais enquêté aussi si un tel vide s’était imposé dans mon histoire familiale !

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