Le ciel à bout portant · Jorge Franco

Cinquième roman de l’auteur colombien Jorge Franco, Le ciel à bout portant (2020) est une plongée très immersive et captivante dans l’intimité de la vie de famille d’un grand narco-trafiquant colombien.

Douze ans après avoir fui Medellín pour Londres, Larry retourne dans son pays natal pour y enterrer les restes de son père, retrouvés plus d’une décennie après son kidnapping. Perclus de fatigue après un long voyage en avion lors duquel il a fait la connaissance d’une jeune femme en deuil, il arrive en Colombie avec pour seule envie celle de retrouver au plus vite sa mère et dormir. Malheureusement pour lui, il arrive en pleine Alborada, une fête populaire où les pétards, les feux d’artifices et l’alcool sont rois, et Pedro, son ami d’enfance venu l’accueillir à l’aéroport, n’a nulle intention de le conduire chez sa mère sans avoir d’abord fait la fête comme il se doit. C’est l’occasion pour Larry de renouer avec ses racines et de se remémorer les terribles événements qui ont fait basculer sa vie douze ans plus tôt.

Dans une savante alternance de temporalités et de voix narratives, Jorge Franco revient sur trois périodes charnières de la vie de Larry, dont deux vont se rejoindre temporellement. Il est ainsi question de son douloureux processus de retour en Colombie, de « la chute d’un empire construit avec des dominos » et enfin d’une rencontre inopinée dans un avion et d’une potentielle histoire d’amour.

En choisissant de placer au centre de son roman non pas les principaux protagonistes du trafic de drogue international mais le fils cadet de l’un des plus importants barons de la drogue colombiens, l’auteur s’éloigne des romans plus classiques sur ce thème et privilégie une analyse plus intimiste, plus familiale. Il se penche ainsi sur le mode de vie et de fonctionnement d’une famille dont le père est l’un des bras droits de Pablo Escobar et la mère une ancienne Miss Medellín très portée sur l’alcool et le casino où elle dépense des sommes astronomiques « pour se changer les idées ». L’assassinat d’Escobar en décembre 1993 marque la fin d’un empire et va modifier en profondeur la vie de cette famille avant de s’écrouler définitivement.

Avec Le ciel à bout portant, l’auteur soulève des questions intéressantes notamment sur la part de responsabilité endossée par les familles des narco-trafiquants ou encore sur le rapport au père. Ainsi, Larry et son frère Julio sont aux antipodes l’un de l’autre: alors que l’aîné a toujours fait preuve d’une indéfectible loyauté envers son père, le cadet porte un regard bien plus lucide et critique sur le monde qui l’entoure et n’a jamais cessé de s’interroger sur le bien-fondé de sa vie en tant que fils de narco.

Un angle d’analyse original et intimiste sur l’univers du narco-trafic, une construction impeccable, un rythme soutenu, une atmosphère très réaliste et enfin une palette de personnages forts ont contribué à faire de Le ciel à bout portant une très bonne lecture!

Métailié, 352 pages, janvier 2020.

El cielo a tiros
Trad. René Solis



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