Ressuscité · Marion Emonot

J’ai lu ce récit déchirant au mois de juin, quelques semaines avant que ne nous parviennent les nouvelles tragiques d’Afghanistan. Ressuscité, que je ne peux que très vivement vous conseiller de lire, retrace le parcours bouleversant d’une famille afghane durement éprouvée par la perte de l’un de ses enfants sur les routes de l’exil.

Ressuscité (2021) est le deuxième livre de la journaliste franco-suisse Marion Emonot après 376 jours de prison pour rien (2019). Dans ce récit romancé issu d’une histoire vraie pour lequel elle a eu recours à « un peu de fil à coudre littéraire », Marion Emonot retrace le parcours de la famille Kaazemi depuis leur fuite d’Afghanistan au lendemain de la première prise de pouvoir par les talibans au milieu des années 1990 jusqu’à leur arrivée dans le nord de l’Allemagne en 2015.

C’est à travers la voix de Choukrieh Kaazemi, épouse de Sultan et mère de Saareh, Royaa, Nazir, Faarukh et Mahdi, qu’elle choisit de remonter l’histoire familiale depuis l’enfance de Choukrieh dans un Afghanistan sous occupation communiste; elle raconte son mariage avec Sultan, leur premier très long exil en Iran et le retour tant attendu en Afghanistan suite à l’élection d’Ashraf Ghani. Mais les espoirs immenses suscités par le changement politique sont rapidement déçus et le climat de plus en plus menaçant contraint les Kaazemi à fuir une nouvelle fois.

A travers Choukrieh, Marion Emonot évoque le contexte historique et politique très difficile de l’Afghanistan depuis l’invasion russe en 1979, raconte le quotidien terrible des migrants, un quotidien fait d’humiliations, d’arrestations arbitraires, de discriminations et d’extorsions de toutes sortes. Elle dit leur fragilité sur le très long et périlleux chemin vers l’Europe, leurs craintes et leur vulnérabilité face à l’avidité et la brutalité des passeurs sans scrupules. Elle dit la peur, les doutes immenses qui viennent parfois contrebalancer l’espoir d’une vie meilleure en Europe.

« En égarant leur frère, ils ont enterré leur enfance. »

Après la perte de Mahdi, plus rien n’a de sens. Mais il faut continuer. Ne pas sombrer et avancer malgré tout. Avancer pour le bien des enfants restants. A travers Choukrieh, Marion Emonot dit la perte incommensurable, la douleur abyssale et la tristesse infinie. Le désespoir et l’anxiété. Mais il faut continuer. A travers Choukrieh, elle raconte alors l’arrivée dans la forteresse Europe, le nouveau départ dans un petit village allemand et leur quotidien de requérants d’asile. Et puis, enfin, la nouvelle inespérée que Mahdi est vivant…

Ecrit simplement, à la première personne du singulier (ce dernier point m’a parfois un peu gênée), Ressuscité est un récit profondément humain, un livre nécessaire à lire absolument.

(N.B. Ressuscité a été sélectionné avec quatre autres titres dans le cadre de la première édition du Prix littéraire Gonet, partenaire du Festival du LàC. J’ai le grand plaisir de faire partie du jury qui désignera le/la lauréat/e lors du Festival du LàC qui se tiendra les 2 et 3 octobre prochains à Genève. J’en reparlerai).

Note : 4 sur 5.
Slatkine, avril 2021, 224 pages.





© photo by pixabay

Une réflexion sur “Ressuscité · Marion Emonot”

  1. je n’en ai pas entendu parler. Ayant été bénévole dans une association pour migrants, je ne connais hélas que trop bien le parcours terrible de l’exil, les tortures, le déchirement.. Evidemment, les dernières semaines sont à nouveau terribles pour ce pays pourtant magnifique. Quelle tristesse !

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