Les collectionneurs d’images · Jóanes Nielsen

Notre dernier voyage international avant la pandémie nous a menés quelques jours à Copenhague puis sur l’archipel des Féroé où nous avons passé deux semaines inoubliables en août 2019. Lire l’auteur féroïen Jóanes Nielsen était donc pour moi une évidence.

Jóanes Nielsen (1953) est l’auteur de douze recueils de poèmes, de pièces de théâtre, d’essais, d’un recueil de nouvelles et de six romans. Les collectionneurs d’images (2021) est son troisième roman et le premier traduit en français. J’ai d’ores et déjà noté le roman historique Brahmadellarnir (2011) qui, à défaut d’avoir été traduit en français, l’a été en allemand et en anglais.

Les collectionneurs d’images se construit autour de la vie de six garçons scolarisés dans la même école primaire de Tórshavn dans les années 1950. Dès les premières lignes, la situation est claire: à l’exception de Kári, le narrateur, les cinq membres de ce petit groupe d’élèves de la classe d’âge 1952 de l’école Saint-François, sont morts les uns après les autres, certains très jeunes, d’autres de façon violente. Ainsi, Djalli mourut à onze ans d’une méningite, Ingimar à vingt-trois lorsqu’il passa par-dessus bord au large du Groenland; Staffan fut retrouvé sans vie cinq ans plus tard sous un buisson dans la commune libre de Christiana à Copenhague, Fríðrikur fut assassiné en 1982 et Olaf mourut d’une maladie dont il est « interdit de mourir aux îles Féroé ».

En se penchant sur le destin de ces garçons issus de milieux sociaux et familiaux divers et en alternant passé et présent, Jóanes Nielsen brosse sur près de quarante ans un portrait riche et vaste de la société féroïenne.

Composé de dix-huit îles de taille très variable abritant un peu plus de cinquante mille habitants dont vingt mille à Tórshavn, ce petit archipel isolé dans l’Atlantique Nord est confronté à des réalités insulaires très spécifiques et souvent difficiles. L’auteur évoque ainsi la rudesse de la vie sur l’archipel, ses particularités culturelles, socio-économiques et politiques. Les questions, entre autres, de la masculinité et de l’homophobie, de la domination danoise et de l’exil occupent une place importante dans le roman.

S’il manquait d’un peu de dynamisme et de souffle romanesque, Les collectionneurs d’images fut malgré tout un roman intéressant doté d’une atmosphère particulière grâce auquel j’ai pu me replonger dans les beaux souvenirs de mon voyage féroïen.

Note : 3 sur 5.
La Peuplade, avril 2021, 480 pages.

Glansbílaetasamlararnir (2005)
Trad. Inès Jorgensen

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