Poussière dans le vent · Leonardo Padura

Première rencontre avec Leonardo Padura et certainement pas la dernière!

Le journaliste, scénariste et romancier cubain Leonardo Padura (1955) est l’auteur d’une série de romans policiers et de plusieurs romans indépendants dont Poussière dans le vent (2021) est le dernier en date. Dans ce roman poignant sur l’exil, le déracinement et la quête identitaire, l’auteur entremêle sur un quart de siècle le destin de huit trentenaires très soudés jusqu’à ce qu’une tragédie et l’Histoire ne les séparent.

Lorsqu’en 2014 la jeune new yorkaise d’origine cubano-argentine Adela Fitzberg découvre sur les réseaux sociaux une photo de groupe prise à Cuba un soir de janvier 1990, toutes ses certitudes s’effondrent. Elle y reconnaît en effet sa mère que Marcos, un exilé cubain fraîchement arrivé aux Etats-Unis avec lequel elle vit depuis peu, dit avoir connu sous un tout autre nom pendant son enfance à La Havane. Adela met dès lors un point d’honneur à découvrir ce que sont devenues ces personnes que sa mère n’a jamais évoquées.

A partir de là, et en alternant passé et présent, Leonardo Padura nous plonge dans le passé cubain de Loretta Fitzberg et de ses amis du « Clan ». Cette époque révolue, qui se dévoile progressivement de façon non linéaire et à travers différents points de vue, se révèle douloureuse, fortement marquée par la disparition aussi soudaine que tragique de deux membres du Clan et par la très grande crise économique qui frappe Cuba suite à l’effondrement de l’URSS.

A la fois enquête visant à résoudre le mystère de la disparition de deux membres du Clan, analyse sociologique et réflexion identitaire, Poussière dans le vent est une plongée très immersive dans le Cuba des années 1990, dans la période dite spéciale ayant suivi la dislocation de l’URSS. Privée de l’aide du « grand frère soviétique », l’île se retrouve du jour au lendemain sans alliés politiques et économiques et totalement isolée sur la scène internationale. Le quotidien de la population devient très difficile en raison de la pénurie des biens de première nécessité et les nombreuses coupures d’électricité auxquelles s’ajoute l’absence quasi totale de liberté résultant d’une intense surveillance étatique.

Face au deuil et à la perte brutale de leurs illusions, l’équilibre du Clan se fragilise et les six amis restants, tous au bénéfice d’une très bonne formation, remettent sérieusement en cause leur avenir. La question qui revient de façon lancinante dans le roman –Qu’est-ce qui nous est arrivé?– débouche sur la prise de conscience qu’ils ne sont qu’une poussière dans le vent, des êtres fragiles ballotés par l’Histoire. Forts de cette prise de conscience, certains membres du groupe se décident alors -comme des milliers de leurs compatriotes- à tenter leur chance à l’étranger en s’engageant dans la difficile voie migratoire. Bien qu’il s’agisse dans leur cas davantage d’une migration économique que politique, ils sont dès lors considérés comme des traitres à la patrie et condamnés à devenir apatrides.

Leonardo Padura explore de façon sensible les questions douloureuses de l’exil, du déracinement et de la quête identitaire. En se penchant successivement sur le vécu individuel des différents membres du Clan désormais éparpillés à travers le monde, il dit leurs nombreuses difficultés, leurs questionnements, leurs doutes et leurs peurs.

« Pourtant, l’impression de vivre au mauvais endroit et au mauvais moment ne l’avait jamais quitté. Il sentait que sa condition d’exilé, d’émigré ou d’expatrié -peu importe, le résultat pour lui était le même- l’avait empêché de penser même à un bref retour et l’avait condamné à vivre une existence amputée, qui lui permettait d’imaginer un avenir mais où il ne pouvait pas se défaire du passé qui l’avait mené jusque-là et à être qui il était, ce qu’il était et comme il était. La conviction de ne plus jamais avoir d’appartenance ne le quittait jamais. »

Parallèlement à leur parcours migratoire, Leonardo Padura dévoile les supercheries, les mensonges et les trahisons des uns et des autres et explore les thématiques de l’amitié, de l’amour et, à travers la quête d’Adela qui a été « élevée comme une plante sans racines », de l’héritage et la transmission familiale.

Un roman d’une grande richesse et une très belle découverte.

Note : 4 sur 5.
Métailié, août 2021, 640 pages.

Como polvo en el viento (2020) Trad. René Solis

Roman lu dans le cadre du mois latino-américain organisé par Ingannmic.

5 réflexions au sujet de “Poussière dans le vent · Leonardo Padura”

  1. J’ai adoré L’homme qui aimait les chiens et le cycle des 4 saisons, mais je n’ai pas encore acheté celui-là. Tu me tentes encore plus…
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