Le Français de Roseville · Ahmed Tiab

Il y a un an, je découvrais avec grand plaisir Ahmed Tiab grâce à son roman Vingt stations (2021). Il y a quelques jours, je n’ai fait qu’une bouchée du premier volet de sa série policière se déroulant à Oran!

Le Français de Roseville (2016) est le premier roman de l’auteur algérien Ahmed Tiab (1965) et le premier volet d’une série de romans policiers mettant en scène le commissaire oranais Kémal Fadil.

En 2013, les travaux de réhabilitation vont bon train dans le vieux quartier espagnol d’Oran. Ce quartier emblématique était depuis dix ans au centre des préoccupations de deux groupes aux intérêts antagonistes -d’une part les associations de défense du patrimoine historique, d’autre part les promoteurs immobiliers obnubilés par la création d’un « hyper-centre à la sauce Dubaï »- qui négociaient « comme des vendeurs de bagnoles d’occasion trafiquées » pour imposer leur projet.

Lorsque des ossements sont exhumés dans les ruines d’un immeuble, le chantier est momentanément arrêté et l’affaire confiée au commissaire Fadil qui a pour ordre de ne pas traîner en raison des sommes colossales qui sont en jeu. Les ossements se révèlent rapidement être ceux d’un adulte et d’un enfant et présentent des signes qui ne trompent pas: non seulement les deux inconnus ont été assassinés mais leur mort, loin d’être récente, remonte à la fin des années cinquante ou au début des années soixante.

Aux difficultés résultant d’une enquête concernant un meurtre vieux d’un demi-siècle s’ajoute dès lors celle bien plus problématique liée au contexte historique et politique de l’époque, l’Algérie se trouvant alors encore sous domination française.

« L’histoire récente de notre pays, celle avec un grand H, c’est comme de la dynamite qu’on doit manier avec précaution. »

En construisant une intrigue sur trois temporalités (l’année 2013, les années cinquante et les années soixante) et en présentant différents points de vue, Ahmed Tiab exhume un passé colonial qu’il ne fait pas toujours bon de rappeler et évoque un certain nombre de problématiques sociales et politiques très intéressantes. Il raconte notamment les prémices de la Guerre d’Algérie, la création du FLN, l’expropriation des propriétaires terriens et le rapatriement des pieds-noirs et des harkis en France en 1962 ou encore l’immigration espagnole en Algérie. En faisant voyager le commissaire Fadil jusqu’à Marseille pour les besoins de son enquête, il aborde par ailleurs également des thématiques plus actuelles liées à l’immigration en France, les tensions communautaires et les inégalités sociales.

Les personnages sont quant à eux savoureux. Kémal Fadil, célibataire endurci, vit seul avec sa vieille mère paraplégique dans un immense appartement de luxe dans l’ancien quartier européen d’Oran. Sa vie professionnelle se limitant jusqu’alors à traquer les petits délinquants en djellaba, il est fort content de pouvoir ajouter un peu de piment sans son quotidien grâce à cette enquête peu commune. Sa mère Léla est une femme de caractère, une féministe convaincue autant qu’une fumeuse invétérée de cigares cubains qui empestent tout l’appartement au grand dam de son fils. Fatou enfin, une ancienne immigrée clandestine nigérienne devenue la fiancée de Kémal, est elle aussi une femme forte et déterminée ayant su se reconstruire une nouvelle vie à Oran après avoir été sauvée des griffes de passeurs sans scrupules.

Si l’enquête policière reste somme toute très basique, le contexte historique, social et politique est absolument passionnant! Vivement la suite!

Note : 4 sur 5.
L’Aube, juin 2021, 283 pages.




Photo © Pixabay

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