Sörensen fängt Feuer · Sven Stricker

Il y a un peu plus d’un mois, je vous parlais de ma découverte de Sven Stricker et de mon coup de coeur pour le premier volet de sa série de romans policiers nord-frisons, Sörensen hat Angst. Difficile après une telle première lecture de ne pas se jeter immédiatement sur la deuxième!

Le romancier et metteur en scène radiophonique allemand signe avec Sörensen fängt Feuer (2018) -littéralement « Sörensen prend feu »- un deuxième volet aussi bon, si ce n’est meilleur, que le premier. C’est savoureux (et hilarant) du début à la fin!

Cette deuxième enquête débute trois mois et demi après les événements relatés dans Sörensen hat Angst (2015). Katenbüll, une petite bourgade (fictive) perdue quelque part en Frise du Nord dans laquelle il ne se passe jamais rien, peine à se remettre de l’attention parfois malsaine dont elle a bénéficié bien malgré elle pendant des semaines à l’échelle nationale. Katenbüll fut ainsi cataloguée par les médias « la capitale du crime », rien que ça! Plus de trois mois après, Käse Käthe (qui en réalité ne s’appelle pas Käthe mais Luise – elle voulait un slogan qui rime), la sexagénaire qui vend depuis quarante ans ses Käsebrötchen dans une roulotte sur la place du marché, doit d’ailleurs encore et toujours affronter des touristes en mal de sensations fortes voulant se rendre sur les lieux des crimes, armés de leurs appareils photos!

Les drames qui se sont joués dans la ville (ne parlez surtout pas de « ville » à Sörensen, il se moquerait de vous sans aucune gêne et surtout très bruyamment) ayant coïncidé avec l’arrivée dans la bourgade du commissaire hambourgeois, les habitants très attachés à leur petite tranquillité ne peuvent toujours pas s’empêcher de l’en tenir pour responsable. Et voilà qu’à quelques jours de Noël, l’horreur s’abat une nouvelle fois sur Katenbüll!

Après un week-end bien arrosé à Hambourg où il avait gardé son appartement pour le cas où il n’aurait pas supporté sa nouvelle vie dans la pampa nord-allemande, Sörensen fait le reste de ses valises et décide de rendre définitivement son appartement, non sans s’être au préalable disputé une dernière fois avec son insupportable voisin qu’il déteste. Le voilà donc reparti, et pour de bon cette fois, avec le reste de ses affaires et sa basse sous le bras direction le Grand nord. Tout guilleret et confiant en l’avenir, il décide dès son arrivée à Katenbüll de se rendre chez une psy afin qu’il puisse décrocher de ses anxiolytiques et anti-dépresseurs qu’il ingurgite depuis près de quatre ans pour soigner ses graves crises d’angoisse. Mais les choses ne se dérouleront bien évidemment pas comme prévu.

Lorsque Sörensen arrive au commissariat, ses deux collègues, Jenny Holstenbeck son bras droit et Malte Schuster le stagiaire, le mettent en effet immédiatement au courant de la dernière et très inquiétante nouvelle: en rentrant au petit matin d’une soirée à Tönning, Ole Kellinghusen, jeune aspirant guitariste alter-mondialiste dread-locksé vivant dorénavant chez Jenny et sa fille, faillit percuter une jeune fille -aveugle- d’environ dix-sept ans. Celle-ci se trouvait dehors en pleine nuit, en plein mois de décembre, visiblement paniquée et grelottant dans une simple chemise de nuit. Lorsqu’elle se réveille de sa sieste sous la table du commissariat, Jette explique, paniquée, qu’elle s’est enfuie de la cave dans laquelle son père la retenait prisonnière depuis… sa naissance.

Si Sörensen fängt Feuer est à bien des égards hilarant en raison de l’humour féroce de l’auteur, il n’en reste pas moins que le coeur de l’enquête policière est sombre. Après avoir abordé la thématique de la maltraitance enfantine dans Sörensen hat Angst, l’auteur aborde ici celle des dérives religieuses. Les enquêtes restent toutefois largement secondaires dans la mesure où Sven Stricker dépeint de façon très immersive la vie quotidienne dans une petite bourgade excentrée de sa région nationale tout en s’intéressant de très près à la vie personnelle de ses personnages que l’on retrouve avec grand plaisir d’un tome à l’autre.

Un régal de lecture, vivement la suite!

Note : 5 sur 5.
Rowohlt, septembre 2018, 443 pages.



Photo © Livr’escapades, sept. 2023.
Les feuilles allemandes, 4ème lecture.

7 commentaires sur “Sörensen fängt Feuer · Sven Stricker”

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