Le bureau d’éclaircissement des destins · Gaëlle Nohant

J’avais tellement aimé La femme révélée (2020) que je me suis lancée avec entrain dans la lecture de Le bureau d’éclaircissement des destins (2023), impatiente de découvrir cette « fresque brillamment composée » et « d’une grande intensité émotionnelle » que promettait la quatrième de couverture et qu’évoquaient les très nombreuses critiques dithyrambiques. Hmmm…

Dans son cinquième roman, Gaëlle Nohant (1973) s’intéresse aux archives sur les victimes du nazisme à travers le quotidien d’une archiviste française vivant et travaillant depuis vingt ans à Bad Arolsen. La petite ville de la Hesse abrite en effet dans ses bâtiments le Centre international de documentation des persécutions nazies dont l’objectif principal fut pendant des décennies de retracer le sort des victimes et rechercher les personnes disparues.

Lorsque le roman s’ouvre en 2016, Irène travaille depuis huit ans au sein de la Section de recherche et d’éclaircissement des destins de l’International Tracing Service. Appelé Tracing, ce département repose sur le travail de plusieurs enquêteurs dont la mission est de remonter le temps et de collecter des indices pour déterminer le sort des victimes du nazisme. Chargée plus particulièrement de réunir les familles, Irène se voit alors confier une mission inédite: celle de restituer aux descendants les milliers d’objets dont le centre a hérité à la libération des camps.

« Elle raccommode des fils tranchés par la guerre, éclaire à la torche des fragments d’obscurité. »

Si l’idée de départ est originale et très prometteuse en raison de sa dimension historique et du devoir de mémoire qui est associé, Le bureau d’éclaircissement des destins m’a malheureusement laissée de marbre. Pire, et c’est un peu gênant de le reconnaître, il n’a su ni me toucher ni m’émouvoir malgré la dimension tragique des destins qui y sont évoqués.

Le roman repose sur une importante documentation historique mais les enquêtes et les personnages qui y sont présentés sont fictifs. L’ensemble m’a plus d’une fois paru un peu confus et les enquêtes un brin superficielles et répétitives. Quant à la vie personnelle et les états d’âme d’Irène, ils ne m’ont pas intéressée. Si le roman a le mérite d’évoquer l’existence de l’International Tracing Service, renommé Arolsen Archives en 2019 (https://arolsen-archives.org/), j’en espérais une lecture peut-être un peu moins romanesque, plus dense historiquement et surtout plus axée sur l’histoire et le fonctionnement de l’International Tracing Service. Ma lecture, en diagonale dès la moitié du livre, s’est achevée par un abandon à cent pages de la fin.

Note : 1.5 sur 5.
Grasset, janvier 2023.
408 pages


© Nile from Pixabay

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Lecture commune avec Sunalee, Keisha et Je lis je blogue.

Gaëlle Nohant sur le blog : La femme révélée (2020)

21 commentaires sur “Le bureau d’éclaircissement des destins · Gaëlle Nohant”

  1. Ouf, j’ai moins de scrupules à avouer être restée loin de cette narratrice et j’aurais tellement préféré un véritable essai (le sujet est assez exceptionnel pour ne pas en ajouter)

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    1. Nos avis se rejoignent en effet et tout comme toi, un essai m’aurait certainement davantage plu et convaincue. Il n’en reste pas moins que le roman a le mérite de mettre en lumière le travail, admirable et nécessaire, des archivistes du Centre de recherches.

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  2. Décidément, on passe par des hauts et des bas avec vos billets du jour. Je crains de réagir tout à fait comme toi à la lecture. Autant que je ne le commence pas, je me vois bien abandonner très vite !

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  3. J’ai été tellement captivée par la découverte de ce centre d’archives (que je ne connaissais pas) et le minutieux travail de recherche historique que je n’ai pas été trop gênée par le reste. Je me suis un peu mélangé les pinceaux avec les personnages et la bluette avec l’un des descendants ne pas parue utile mais tant pis.

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    1. Oui, ces LC sont toujours très intéressantes, peut-être encore plus en cas d’avis divergents justement. Je ne dirais pas un vrai raté car le roman a quand-même le grand mérite de mettre en avant le travail formidable effectué à l’ITS dont j’ignorais l’existence avant la parution du livre l’année dernière.

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  4. Je ne comprends pas ce besoin d’avoir une intrigue sentimentale dans des romans qui abordent un sujet majeur qui devrait se suffire à lui-même. C’est fréquent malheureusement et souvent pas bon signe car cela donne le sentiment que cela sert à masquer des faiblesses narratives.

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  5. L’avis d’Athalie m’avait convaincue de rester loin de ce titre… j’ai beaucoup aimé cette auteure à ses débuts (qui était aussi blogueuse d’ailleurs), puis je m’en suis éloignée après ma déception avec Légende d’un dormeur éveillé. J’ai l’impression qu’elle est plus convaincante lorsqu’elle se consacre à la fiction…

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    1. J’ignorais qu’elle était blogueuse mais grâce à ton commentaire chez Sunalee je vois que son blog est toujours en ligne même s’il n’est plus alimenté. J’y ferai volontiers un tour à l’occasion. Je n’ai lu que « La femme révélée » que j’avais bcp apprécié et qui effectivement était entièrement fictif.

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  6. J’avais été très curieuse de ce livre lors du passage de l’autrice à la Grande Librairie, mais vos avis du jour me laissent penser que je n’y trouverai pas mon compte non plus. Dommage, le sujet m’intéressait beaucoup, mais comme Keisha, je me tournerais plus volontiers vers de la non-fiction.

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    1. Ayant beaucoup apprécié son précédent roman, je n’ai pas hésité à me joindre à la proposition de LC de Sunalee. Mais il faut que je me fasse une raison : les sujets historiques abordés de façon romancée ne me convainquent pas souvent (Patrice Franceschi et Ian Manook pour ne mentionner que ces deux-là ont provoqué un peu la même réaction chez moi dernièrement).

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  7. Les avis sur ce roman sont assez contrastés ; au moins depuis qu’il est sorti j’aurai appris l’existence de ce lieu et du travail qui s’y accomplit.

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  8. Bon , je croyais lire ce roman, je n’en suis plus sûre du tout .Déjà j’étais gênée par le mélange romanesque et témoignage historique surtout pour la shoah !

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