Si le soleil se dérobe · Nicole Dennis-Benn

J’avais tellement aimé Rends-moi fière (2021) l’année dernière que lire le nouveau roman de l’autrice jamaïcaine Nicole Dennis-Benn était pour moi une évidence.

Après s’être penchée sur les nombreuses injustices et inégalités de classe, de race et de sexe et avoir notamment dénoncé l’exploitation sexuelle des femmes en Jamaïque, Nicole Dennis-Benn (1982) s’intéresse de très près à la migration clandestine et signe avec Si le soleil se dérobe (2022) un deuxième roman tout aussi engagé, féminin et féministe que le premier.

A vingt-huit ans, Patsy n’en peut plus de sa vie. Coincée entre une mère tout juste quinquagénaire qui, totalement obsédée par la religion, ne lève pas le moindre petit doigt pour l’aider alors qu’elle peine chaque jour davantage à joindre les deux bouts, et une petite fille de cinq ans dont elle ne voulait pas et qu’elle n’a jamais su aimer, Patsy ne rêve plus que d’une seule chose: décrocher un visa pour les Etats-Unis. Ce visa doit lui permettre de se libérer de ses chaînes et de rejoindre à New York Cicely, son amie d’enfance et le grand amour (secret) de sa vie. Lorsque le précieux sésame lui est accordé, elle n’a pas de scrupules: elle fait ses valises et monte dans l’avion en laissant derrière elle sa petite fille. Folle de joie et d’espoir, elle n’envisage pas un seul instant que son rêve américain puisse tourner court.

Mais Cicely et New York ne tiennent pas leurs promesses. La chute est très brutale. Lourdement condamnée par sa condition de femme noire homosexuelle pauvre, Patsy se heurte encore et encore à la cruauté sociale, culturelle et économique de son pays d’accueil. Le rêve américain s’éloigne inexorablement et le quotidien de Patsy n’est plus que synonyme de précarité, de violence, de solitude et de dépression.

A travers le parcours de Patsy mais également celui d’autres femmes migrantes, régularisées ou clandestines, Nicole Dennis-Benn met en exergue de façon très précise les nombreuses difficultés qui jalonnent leur quotidien d’êtres humains rendus invisibles et corvéables à merci. En alternant sur plusieurs années le quotidien de Patsy aux Etats-Unis et celui de sa fille Tru restée en Jamaïque, elle questionne par ailleurs la maternité, la transmission familiale et les relations mère-fille. Le mal-être et la douloureuse quête identitaire sont au centre de son roman.

Bien que j’apprécie toujours autant la plume et la capacité de Nicole Dennis-Benn à brosser les portraits de femmes avec toutes leurs imperfections, leurs failles et leurs faiblesses, et à retranscrire avec beaucoup de précision et de lucidité des réalités socio-économiques particulièrement difficiles, Si le soleil se dérobe m’a un peu moins convaincue que Rends-moi fière. La principale raison est liée au fait que je n’ai pas éprouvé d’empathie pour Patsy, ou si peu. Ce deuxième roman m’a par ailleurs semblé un peu inégal : quelques longueurs sur les trois premiers quarts du livre mais un dernier quart trop rapide et qui aurait mérité d’être approfondi davantage.

Malgré ces bémols, Si le soleil se dérobe reste une bonne lecture et je serai au rendez-vous pour le prochain roman de Nicole Dennis-Benn.

Note : 3 sur 5.
L’Aube, septembre 2022, 560 pages.

Patsy (2019)
Trad. Benoîte Dauvergne

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