Et la vague les emporta… · Molly Keane

Depuis que j’ai découvert les romancières anglaises Elizabeth Jane Howard (1923-2014) et Margaret Kennedy (1896-1967) récemment rééditées par les Editions de La Table Ronde, je guette les parutions en provenance du Royaume-Uni ou d’Irlande. C’est ainsi que j’en suis venue à lire Molly Keane.

C’est sous un nom de plume que la romancière et dramaturge irlandaise Molly Keane (1904-1996) publie dix livres entre 1928 et 1952 avant de se retirer de la scène littéraire. En 1981, après presque trente ans de silence, elle signe sous son vrai nom Good Behaviour qui sera suivi de au moins deux autres titres. La traduction française de ce roman –Les St. Charles (2022)- fait partie en France d’un cycle de rééditions composé de six livres dont Et la vague les emporta… (2024).

Avec Et la vague les emporta… publié en 1937 sous le nom de M. J. Farrell, Molly Keane retourne dans le passé et plus précisément au tout début du XXème siècle pour nous plonger dans le quotidien et l’intimité d’une famille issue de l’aristocratie anglo-irlandaise. Sur près de vingt-ans, nous allons suivre la famille McGrath à la tête de laquelle se trouve Lady Charlotte, une femme très autoritaire qui se conduit en véritable matriarche despotique et dirige tout son petit monde d’une main de fer.

Lorsque son fils unique adoré épouse Cynthia et emménage avec elle en face du domaine familial, Lady Charlotte sent le vent tourner. Sa belle-fille en effet a tout pour elle: l’intelligence, l’assurance, la beauté et surtout cette précieuse jeunesse que Lady Charlotte ne possède plus et lui envie tant. Vive et joyeuse, Cynthia ne tarde pas à s’affirmer et imposer sa vision de la vie, une vie résolument tournée vers la chasse et l’organisation de garden-parties, et à progressivement voler la vedette à sa belle-mère qui ne supporte que très difficilement d’être reléguée au second plan.

Dans cette fresque familiale résolument féminine, Molly Keane analyse avec beaucoup d’acuité et de justesse psychologique le rôle des femmes dans la société très rigide du début du XXème siècle. En articulant son roman autour de deux figures féminines très fortes qui refusent de se soumettre, elle se positionne non seulement à contre-courant de la vision très étriquée de l’époque qui voulait que les femmes n’aient pas leur mot à dire mais aborde également des thématiques modernes, telles que la façon dont certaines femmes osent s’affirmer et vivre leur vie -et leurs amours- comme elles l’entendent. Il est également question de rivalités, de jalousies et de la cruauté du temps qui passe, fane et détruit, inexorablement.

Note : 4 sur 5.

Margaret Kennedy et Elizabeth Jane Howard sur le blog : Le festin (2022) et Divorce à l’anglaise (2023) / A rude épreuve (2020), Confusion (2021) et La fin d’une ère (2022)

La Table ronde, janvier 2024, 410 pages.

The Rising Tide (1937)

Traduit de l’anglais (Irlande)
par Frédérique Daber



© Pixabay Photo

18 commentaires sur “Et la vague les emporta… · Molly Keane”

    1. J’ai pris goût à cette littérature depuis les Cazalet et me réjouis de découvrir d’autres titres en provenance de cette région. Pour Molly Keane, j’ai vu que trois romans avaient déjà été réédités depuis 2021 (en plus de celui-ci). Un autre paraîtra en mars.

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  1. A priori, je suis plus attirée par Le festin que par ce roman-ci mais j’ai peut-être tort. Je n’ai lu aucune des deux romancières pour l’instant.

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  2. Kennedy et Howard j’ai lu (mais lâché les Cazalet). Cependant j’avais repéré Molly Keane, mais pas avec cette série, des romans distincts. On verra bien!

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  3. J’en ai lu plusieurs dans ma jeunesse, mais le hic c’est que je ne me souviens plus lesquels. Ceci dit, après tant d’années je peux les relire et les redécouvrir autrement.

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